Un peu d’histoire

Les Dewoitine D550 et D551

Dans les premiers jours de septembre 1939, Émile Dewoitine fit déplacer son bureau d’études particulier de Toulouse à Bagnères-de-Bigorre. Le projet entrepris était l’adaptation du Dewoitine D550 (avion de record) en avion de chasse « d’arrêt ».

Le Dewoitine D550, projet réalisé sur fonds privés de la société Dewoitine, était un avion de configuration aérodynamique très voisine de celle du D520 mais encore plus racé. Le D550 se différenciait entre autres par un dièdre simple, une béquille de queue escamotable et un encombrement réduit. Les gains en poids de la structure étaient substantiels :

D550-01

D520-01

Voilure

280 kg

422 kg

Fuselage

170 kg

204 kg

Empennages

40 kg

52 kg

Atterrisseur

40 kg

42 kg

Bâti-moteur et capot

33 kg

44 kg

Réservoirs

22 kg

31 kg

Le bureau d’études s’était attaché plus encore que pour le D520, à simplifier au maximum la production. Ainsi le prototype du D550 fut assemblé en 36 000 h contre 61 000 h pour le D520. Le 23 juin 1939, l’avion décollait pour la première fois de Toulouse-Francazal avec Marcel Doret aux commandes. À la même époque le Messerschmitt 209V1 équipé d’un moteur de 1 775 ch fixait le record du monde de vol en palier à 755 km/h. Il n’était plus question avec les 860 ch du D550, de ravir ce record à l’Allemagne. La première phase ayant donné toute satisfaction, l’avion fut alors équipé du moteur Hispano-Suiza 12Y51 de 1 000 ch en remplacement du 12Ycrs. Il atteignit 702 km/h en palier le 22 novembre 1939 à 6 000 m d’altitude. Les temps de montée à 6 000 m étaient alors de 4 min 25 sec (départ arrêté).

Jusqu’à maintenant, le D520, prédécesseur du D550, était à mes yeux le plus fin coursier que je connaisse. Eh bien ! Ce dernier-né de la famille des monoplaces de chez Dewoitine détrône à un point tel son aîné que ce dernier, il faut en convenir, devient un percheron à côté du PUR-SANG avec qui je viens de faire ce galop d’essai.

Marcel Doret
Pilote d’essai Dewoitine

Le mois précédent, Émile Dewoitine avait soumis au ministère de l’Air un projet de version armée du D550 : le projet D550-C1. Michel Detroyat fut invité à faire un vol d’évaluation. Enthousiasmé par ce vol, il ne manqua pas de mettre en avant les performances élevées et les qualités de vol de l’avion. Il émit des réserves sur les défauts spécifiques aux avions de record : visibilité réduite, vitesse d’atterrissage élevée.

Le projet d’avion de chasse fut alors remanié et renommé D551. L’envergure fut augmentée, la capacité du réservoir accrue, tandis que le pare-brise était redessiné. Le poids maximum du D551 au décollage était estimé légèrement inférieur à 2 200 kg. Sa vitesse en palier devait être comprise entre 650 et 680 km/h et le temps de montée à 4 000 m, décollage compris, ne devait pas excéder 3 min 50 sec.

La structure du D551 retenait toutes les simplifications de fabrications déjà apportées au D550, tandis que l’armement retenu était remplacé par 5 mitrailleuses, dont une dans l’axe de l’hélice. Les services officiels envisagèrent de modifier deux des D551 en commande pour les rendre conformes aux exigences du programme C1 du 11 septembre 1939 : 1 canon sur le moteur et 6 mitrailleuses de voilures, 410 l de capacité réservoir, moteur de 1 300 ch.

Les premiers D551 prirent forme à la fin de l’hiver 1939-1940. L’avion prototype devait passer à la « piste » début mai sous réserve que les moteurs 12Y51 soient livré. En fait, fin mai, cinq avions étaient pratiquement terminés mais attendaient leur moteur. Fin juin, trois avions les avaient enfin reçus et étaient sur le point de commencer les essais en vol. L’armistice survint toutefois avant que le prototype n’ait pu effectuer son premier vol.

Tous les travaux furent stoppés et les seize avions officiellement en commande furent bloqués dans l’état où ils étaient comme « prises de guerre ». Toutes les tentatives pour cacher les deux exemplaires excédentaires échouèrent. Ils furent transformés en avions de sport et rebaptisés hâtivement D560. Transférés à Saint-Martin-du-Touch en janvier 1941 pour un premier vol, la commission d’armistice leur interdira de prendre l’air. Les D560 seront ferraillés avec le reste de la production de D551.

Émile Dewoitine

Ingénieur en aéronautique, Émile Dewoitine a été affecté en octobre 1917 aux établissements Latécoère à Toulouse afin de diriger une chaîne de fabrication de 1000 avions de reconnaissance Salmson. Démobilisé et ayant ses propres projets, il quitte Latécoère en 1920 et crée un bureau d’études, la Société des avions Dewoitine.

Il conçoit dès l’année suivante un avion de chasse, le D.1, qui se révèle techniquement novateur par bien des aspects : construction alliant l’acier et l’aluminium et excluant le bois, structure d’aile monolongeron, formule monoplane, revêtement travaillant, c’est-à-dire participant aux efforts de rigidité de l’ensemble.

Émile Dewoitine est surtout connu pour être le père d’une grande lignée d’avions de chasse. Le chasseur est l’archétype de l’avion rapide, maniable et racé : réussir un appareil de ce type est un défi pour tout constructeur désireux d’être à la pointe de l’aéronautique. Sûr de ses conceptions, Dewoitine améliore constamment ses modèles. Parmi ceux-ci le Dewoitine 551, version améliorée du D520, sera la quintessence de son savoir-faire aéronautique et reste à ce jour la pierre angulaire de l’aviation moderne.